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Tenir une échelle de caractères à deux, sans la refaire

Une échelle utile tient en peu de tailles, avec un rôle pour chacune. Deux personnes la gardent si le corps du texte est choisi en premier, si le contraste du texte normal se vérifie, et si une page réelle sert de juge.

Leila Okonkwo · 24 octobre 2026 · 11 min de lecture

À retenir

  1. Choisissez d'abord le corps du texte, puis seulement trois ou quatre autres tailles.
  2. Donnez à chaque taille un rôle, et interdisez la taille intermédiaire inventée sur une page.
  3. Vérifiez le contraste du texte normal au ratio public de 4,5:1, comme un contrôle, pas comme un argument.
  4. Jugez l'échelle sur une page réelle, lue par l'autre personne, pas sur une planche isolée.
Feuille imprimée avec quatre tailles de caractères annotées au crayon, sans portrait
Quatre tailles notées sur la feuille suffisent, si chaque taille a un travail et un seul.

Une échelle de caractères échoue rarement par manque de choix. Elle échoue parce que chaque page en ajoute un. Un titre un peu plus grand ici, une légende un peu plus petite là, et au bout d'un mois plus personne ne sait quelle taille est la bonne. À deux, ce flottement se voit vite : l'un corrige ce que l'autre vient de poser, sans pouvoir dire pourquoi. Cette page propose une échelle assez courte pour être tenue, pas une planche à montrer. Vous pouvez la fixer cette semaine sur un document que vous publiez vraiment. Le corps du texte passe en premier. Les titres en découlent. Le contraste du texte normal se contrôle. Et une page lue à voix haute départage mieux qu'une série de réglages.

Travaillez sur une seule famille de texte, celle que vous utilisez déjà pour les phrases longues. Ne changez pas de caractère en même temps que vous fixez les tailles : vous ne sauriez plus ce qui a rendu la page lisible. Ouvrez une page réelle, pas un fichier de styles vide. Un article, une note de projet, un devis. Comptez ce que vous avez déjà : souvent plus de tailles que de rôles. Le travail de la semaine est de réduire, puis d'écrire la liste qui reste. Deux personnes peuvent mémoriser quatre rôles. Elles ne mémorisent pas douze mesures relevées au hasard des maquettes. Écrivez les rôles avec des mots, pas seulement avec des nombres.

Cas : une page où le titre mange le texte

Le titre fait 64 pixels et le texte 16. Sur un téléphone, le titre prend tout l’écran et le texte semble une note de bas de page. Vous figez quatre tailles : 18 pour le texte, 22 pour le chapô, 32 pour les intertitres, 48 pour le titre de page. Vous n’ajoutez pas une cinquième taille pour « un peu plus grand ». Vous relisez une page réelle à 18 pixels, pas une planche. Si une ligne dépasse 75 caractères, vous rétrécissez la mesure, pas la taille du caractère.

Modèle à copier : quatre tailles, pas cinq

  • 18 pixels : le texte que l’on lit vraiment, sur une page réelle.
  • 22 pixels : le chapô, une seule fois par page.
  • 32 pixels : les intertitres.
  • 48 pixels : le titre de page. Sur téléphone, s’il mange l’écran, on baisse le titre, on n’ajoute pas une taille.
  • Si une ligne dépasse environ 75 caractères, on rétrécit la mesure, pas le caractère.

Choisir le corps avant les titres

Le corps est la taille dans laquelle vous lisez une phrase entière, assis comme vous travaillez, à la distance réelle de l'écran ou de la feuille. Réglez-le jusqu'à ce que vous n'ayez pas envie de vous pencher, ni de plisser les yeux pour « voir si ça rentre ». Si le texte ne rentre qu'en rapetissant le corps, la page est trop pleine, ou la colonne trop étroite. Ce n'est pas le caractère qu'il faut punir. Notez la taille retenue, et la ligne de mesure que vous acceptez : une colonne que vous pouvez lire sans perdre le début en arrivant à la fin. Faites lire le même paragraphe à l'autre personne, sur son écran, pas sur le vôtre. Si l'un de vous deux se penche, le corps n'est pas encore choisi.

N'empruntez pas la taille d'une autre page pour aller plus vite, sans la regarder dans votre colonne. Une taille juste dans une mise en page large devient petite ou énorme dès que la mesure change. Décidez aussi de l'interlignage en même temps que le corps, parce que les deux se tiennent. Un corps confortable avec des lignes collées fatigue autant qu'un corps trop petit. Écartez jusqu'à ce que l'œil retrouve la ligne suivante sans hésiter, puis arrêtez-vous. Vous n'êtes pas en train de chercher une formule. Vous cherchez un réglage que vous pouvez répéter sans débat. Écrivez-le : taille du corps, interlignage, mesure maximale de la colonne. Ces trois lignes sont le socle. Les titres ne les remplacent pas.

Tenir quatre tailles, pas une par envie

À partir du corps, ajoutez peu. Une taille pour le petit texte : légende, mention, note de bas de page. Une taille pour l'intertitre. Une taille pour le titre de page. Quatre en tout, corps compris, suffisent à la plupart des pages qu'un studio de deux personnes publie. Si vous sentez qu'il vous faut une cinquième, demandez d'abord quel rôle n'est pas couvert. Souvent, le rôle existe déjà, et c'est l'espacement ou la graisse qui devrait changer, pas la taille. Un intertitre un cran plus gras reste un intertitre. Une nouvelle taille devient un nouveau cas à retenir, puis une exception, puis une page qui ne ressemble plus au reste.

Écrivez les quatre tailles dans un ordre fixe, de la plus petite à la plus grande, avec le rôle en face. Pas seulement le nombre. « Petit : légendes et mentions. Corps : phrases. Intertitre : sections. Titre : une fois par page. » Cette phrase est l'échelle. Rangez-la là où vous rangez les styles, et dans le dossier du projet, en une page que l'on peut ouvrir sans outil. Si votre outil de mise en page permet de nommer les styles, donnez-leur ces rôles, pas des noms de campagne. Interdisez-vous, pour un mois, de créer une taille entre deux. Quand une page semble demander un entre-deux, ajustez l'espace autour, ou la longueur du titre. Le manque ressenti est souvent un problème de rythme, pas de corps.

  1. Petit : légendes, mentions, notes que l'on ne lit pas en premier.
  2. Corps : les phrases, et rien d'autre ne prend cette taille.
  3. Intertitre : le début d'une section, plus grand que le corps, sans devenir un titre.
  4. Titre : une fois par page, jamais pour insister au milieu d'un paragraphe.

Régler l'interligne, la graisse et la mesure

La taille ne fait pas tout le travail. Deux titres de même corps peuvent l'un tenir, l'autre crier, selon la graisse et l'espace au-dessus. Choisissez une graisse pour le corps, en général la régulière, et une graisse pour l'intertitre. Évitez d'empiler gras, italique et taille plus grande sur le même mot : le mot crie, et plus rien ne peut crier après lui. L'italique sert à un titre d'œuvre, à un mot étranger que vous assumez, à une emphase rare. S'il sert à tout ce qui est « un peu important », il ne sert plus à rien. Notez ces usages à côté de l'échelle. Une graisse non écrite sera réinventée différemment par chacun, sur la même page, le même après-midi.

Fixez aussi la mesure, en caractères plutôt qu'en goût. Une ligne de corps trop longue fait perdre le retour. Une ligne trop courte hache la phrase. Lisez un paragraphe à voix haute en suivant seulement des yeux. Si vous décrochez en bout de ligne, raccourcissez la colonne ou augmentez un peu le corps, pas les deux à la fois. Laissez l'intertitre respirer au-dessus plus qu'en dessous : il doit appartenir à ce qui suit, pas à ce qui précède. Ces espaces font partie de l'échelle, même s'ils ne sont pas des tailles. Écrivez-les en une ligne chacun. Sans eux, la deuxième personne « corrige » l'échelle en croyant corriger un blanc, et les tailles dérivent de nouveau.

Contrôler le contraste du texte normal

Une taille juste sur un fond trop proche de la couleur du texte ne se lit pas. Pour le texte normal, le texte de corps et le petit texte qui portent l'information, servez-vous du ratio public indiqué par les WCAG : 4,5:1 entre la couleur du texte et la couleur du fond. Ce n'est pas un argument de vente, ni une note que vous affichez sur la page. C'est un contrôle. Notez les deux couleurs dans la page de l'échelle, pas seulement dans un souvenir d'écran. Vérifiez le couple avec le moyen que vous avez déjà, un calculateur ou une vérification intégrée à votre outil, et écrivez le résultat à côté des couleurs. Si le couple n'atteint pas 4,5:1, changez la couleur. N'augmentez pas le corps pour « compenser » un contraste trop faible.

Faites ce contrôle sur les couleurs réellement utilisées, y compris le petit texte et le texte posé sur un fond teinté, pas seulement le noir sur blanc de la planche. Un gris élégant dans la maquette échoue souvent dès qu'on le mesure. Un texte blanc sur une photo échoue là où la photo s'éclaircit. Si vous tenez à une photo derrière des mots, posez une zone de couleur unie sous les mots, et contrôlez cette zone. Le titre très grand n'est pas une excuse pour oublier le corps : c'est le corps que l'on lit longtemps. Relisez la page en la passant en niveaux de gris, ou en baissant la luminosité de l'écran. Si une partie disparaît, le contraste ne tenait qu'à votre réglage du moment. Notez la paire qui passe, et ne l'élargissez pas sans refaire le contrôle.

Écrire les rôles pour que l'autre puisse décider

L'échelle ne tient que si la deuxième personne peut l'appliquer sans vous appeler. À côté de chaque rôle, écrivez ce qu'elle a le droit de changer seule, et ce qu'elle doit vous demander. Elle peut raccourcir un titre, augmenter l'espace sous une légende, remplacer un mot trop long. Elle ne crée pas une taille, elle ne change pas la couleur du corps, elle ne passe pas le corps en gras pour une phrase qu'elle trouve importante. Ces interdits tiennent en cinq lignes. Sans eux, chaque urgence de la semaine invente une exception raisonnable, et l'échelle redevient une collection. Le droit de changer seul est ce qui rend la règle vivable. Une règle qui exige une réunion pour une légende ne sera pas suivie.

Rangez la page de l'échelle avec le projet, sous un nom clair, et ouvrez-la au début d'une mise en page, pas à la fin pour « mettre aux normes ». Si vous travaillez dans un outil qui mémorise les styles, les noms des styles doivent être les rôles, afin qu'un copier-coller ne ramène pas une taille orpheline. Quand un texte arrive de ailleurs, avec ses propres styles, ne les fusionnez pas. Retapez ou réappliquez les quatre rôles. C'est plus rapide que de démêler douze styles importés le mois suivant. Prévoyez aussi le cas du texte très court, un bouton, une étiquette de formulaire : dites s'il emprunte le petit ou le corps. Un cas non écrit sera tranché différemment deux fois, et les deux versions auront l'air voulues.

Juger sur une page, pas sur une planche

Une planche montre les tailles l'une sous l'autre, dans un ordre flatteur. Elle ne montre pas un titre trop long, une légende sous une image étroite, ni un paragraphe après une liste. Cette semaine, prenez une page déjà publiée ou prête à l'être, et réappliquez seulement les quatre rôles. N'en profitez pas pour réécrire le texte, sauf quand une ligne déborde à cause de la taille. Lisez la page entière, puis demandez à l'autre personne de nommer, sans regarder la feuille de styles, ce qui est titre, intertitre, corps et légende. Si elle hésite, les rôles ne sont pas assez différents, ou bien deux rôles ont été employés pour le même travail. Corrigez l'échelle, pas seulement cette page.

Regardez la page à la taille où elle sera lue : l'écran d'un portable, une feuille imprimée, une colonne étroite. Un titre superbe en grand peut devenir un bloc de trois lignes une fois réduit. Décidez alors de raccourcir le titre, pas d'inventer une taille spéciale pour ce cas. Notez les deux ou trois phrases qui ont résisté : un mot trop long, une légende qui reprenait le corps, un gris qui n'a pas passé le contrôle. Ces notes valent mieux qu'une nouvelle planche. Si vous devez montrer l'échelle à quelqu'un d'extérieur, montrez la page, et gardez la planche comme pense-bête interne. Le lecteur ne vient pas voir vos tailles. Il vient lire.

Réparer l'échelle quand elle casse

Elle cassera. Un nouveau type de page, une citation longue, un tableau, un encart. Avant d'ajouter une taille, essayez d'habiller le cas avec ce que vous avez : le corps pour la citation, le petit pour la source, l'intertitre pour l'encart, un filet ou un fond pour distinguer sans changer le corps. Ajoutez une taille seulement si un rôle revient chaque semaine et qu'aucun des quatre ne peut le porter sans confusion. Dans ce cas, retirez autre chose, ou acceptez explicitement cinq rôles et réécrivez la page de l'échelle le jour même. Une taille ajoutée dans un coin de maquette, sans rôle, n'existe pas. Le geste de réparation est une mise à jour de la page commune, pas un réglage local silencieux.

Refaites le contrôle de contraste quand vous changez une couleur, même légèrement. Un fond un peu plus chaud, un gris un peu plus doux, et le couple qui passait 4,5:1 ne le passe plus. Inscrivez la date de la dernière vérification à côté des couleurs. Une fois par saison, ou après un changement d'outil, relisez une page ancienne avec l'échelle actuelle. Si elle a dérivé, ne la « modernisez » pas au jugé : ramenez-la aux rôles, ou décidez ensemble d'un nouveau socle et notez-le. Le jour où il faut ouvrir trois fichiers pour savoir quelle taille est autorisée, vous n'avez plus d'échelle. Revenez à la page unique, et barrez ce qui n'est plus vrai.

Cette semaine, écrivez les quatre rôles, les deux couleurs du corps, et le résultat du contrôle. Appliquez-les à une seule page réelle, puis arrêtez-vous. Si l'autre personne peut nommer les rôles sans la feuille, l'échelle tient. Si elle ne le peut pas, vous avez encore trop de tailles, ou des tailles trop proches. Retirez-en une avant d'en discuter une nouvelle.

Écrit par Leila Okonkwo. Leila écrit sur la page elle-même : le caractère, le contraste, le système qu’une équipe de deux peut tenir. Écrire à la rédaction.

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